Prévention en PMI : agir autrement, plus équitablement avec Ariane et Petits pas, Grands pas

Publié le 20 mars 2025

La PMI est un service public universel : en théorie, elle s’adresse à toutes les familles. Dans les faits, ses actions préventives sont depuis longtemps orientées vers les familles présentant des facteurs de risque. Une logique ciblée, souvent nécessaire, mais qui laisse de côté une partie des familles et des enfants.

Alors comment faire autrement ? Comment aller-vers, sans stigmatiser ? Comment renforcer l’action préventive sans alourdir le quotidien des équipes ?

Deux démarches apportent des solutions concrètes : Petits pas, Grands pas et Ariane.

Et si, pour toucher toutes les familles et répondre à leurs besoins, il ne fallait pas tout réinventer mais seulement faire évoluer l’approche ?

Petits pas, Grands pas : un premier pas pour remettre la prévention au cœur des PMI

Comprendre la place de la prévention

Avant de remettre la prévention au cœur du service, encore faut-il savoir où elle en est aujourd’hui. Quelle est sa place réelle dans les pratiques ? Qu’est-ce qui la freine ? Et surtout, quels leviers peuvent être actionnés pour la renforcer sur le territoire ?

C’est justement le point de départ de la démarche Petits pas, Grands pas. On commence par recueillir les perceptions : celles des professionnel·le·s, à travers un questionnaire qui les amène à réfléchir à leurs actions de prévention au quotidien, mais aussi celles des familles, qui sont invitées à partager leurs besoins et leur niveau de satisfaction du service PMI.

Ce double regard permet de cartographier les services existants : Qui fait quoi ? Où ? Pour qui ? Est-ce que les besoins des familles sont couverts ? Ce travail met aussi en lumière le principe d’universalisme proportionné : c’est-à-dire, s’adapter aux besoins exprimés par toutes les familles.

C’est une étape clé pour ajuster et/ou renforcer la prévention au sein du service. Cela constitue également une base solide pour piloter les actions à venir à partir des réalités du terrain.

Renforcer l’accessibilité au service de PMI, grâce à la communication

En 2016, la qualité de l’information transmise dans les supports de communication des 102 services de PMI en France a fait l’objet d’une étude nationale. Si la forme était globalement soignée et efficace, le fond l’était moins : des messages complexes, flous, parfois passifs. Une communication qui, au lieu de faciliter l’accès aux services, peut parfois le compliquer, loin des recommandations de la littératie en santé.

Ce constat n’a rien d’anecdotique. Dans le cadre des enquêtes, la communication revient régulièrement dans les points à améliorer, que ce soit du côté des professionnel·le·s ou des familles. Les professionnel.le.s soulignent le besoin d’améliorer la communication auprès du public autour des services et des missions préventives de la PMI. Les seconds identifient la nécessité de renforcer la communication et la visibilité du service, car certaines familles connaissent mal les missions de la PMI. 

Résultat : des actions de prévention qui existent mais qui restent parfois invisibles pour les publics concernés.

C’est là qu’intervient la refonte des supports de communication. 

L’objectif ? Produire des contenus clairs, directs et accessibles à tous, y compris aux personnes ayant un faible niveau de littératie. 

Autrement dit, il ne suffit pas d’informer, il faut bien informer. Choisir les bons mots, adopter le bon ton, penser aux moyens de diffusion. C’est ce qui permet de renforcer la visibilité du service, de créer du lien avec les familles et de mieux faire connaître les actions de prévention de la PMI

Pour aller plus loin sur ce sujet : Communication en santé publique : les bonnes pratiques

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Former, pour renforcer la qualité des interventions préventives

Renforcer la prévention, c’est aussi interroger les pratiques professionnelles et créer les conditions favorables pour qu’elles évoluent. Dans le cadre de Petits pas, Grands pas, une formation en quatre journées permet aux équipes de PMI de prendre du recul sur leur posture et leur manière d’intervenir auprès des familles.

Pour accompagner cette montée en qualité des interventions, l’Agence Kalía a développé l’Approche préventive fondée sur la relation d’aide (APR®), spécifiquement pensée pour les professionnel·le·s de PMI. Inspirée de la psychologie humaniste et des travaux de Carl Rogers, l’APR® repose sur quatre piliers :

  • Être proactif
  • Savoir différer
  • Être empathique 
  • Capitaliser sur les forces des parents

La formation ne se limite pas à transmettre des savoirs. Elle invite à réfléchir, à expérimenter, à ajuster ses pratiques. Avant même d’entrer en formation, un e-learning permet de revoir les bases de la théorie de l’attachement, pilier fondamental dans la relation aux familles.

Autre notion centrale : la chaîne de sécurité, c’est-à-dire garantir un cadre sécurisant et cohérent, du niveau institutionnel jusqu’à l’enfant pour que personne ne reste seul face aux difficultés.

Au fil des sessions, les participant·e·s découvrent comment ajuster leur posture, poser un cadre sécurisant, faire alliance avec les parents, et aborder les situations complexes 

Former, c’est ouvrir un espace de réflexion, d’expérimentation et d’appropriation, pour renforcer l’efficacité des interventions préventives.

Les limites des services de PMI

Avec Petits pas, Grands pas, on enquête pour mieux comprendre les besoins, on forme les professionnel·le·s, on retravaille la communication pour la rendre plus accessible… On donne des outils concrets pour renforcer la qualité des interventions.

Mais tout cela part d’un postulat : que les familles poussent la porte de la PMI. Or, ce n’est pas toujours le cas. Certaines ne connaissent pas le service, d’autres n’osent pas franchir le seuil. Résultat : les enfants qui auraient le plus besoin de soutien passent parfois entre les mailles du filet.

Ce phénomène porte un nom : l’effet Matthieu. C’est ce cercle vicieux où les personnes en mauvaise santé sont celles qui ont le plus de difficultés à accéder aux soins et aux ressources disponibles. 

Pour y répondre, il faut aller plus loin, réfléchir à des stratégies d’« aller-vers » et s’assurer que les services de PMI ne sont pas juste là, disponibles, mais qu’ils aillent activement au contact de toutes les familles.

Ariane pour “aller-vers”

Entrer en contact avec toutes les familles

Aujourd’hui, 94 % des personnes en France ont un téléphone portable. Et pourtant il y a quelques années, il était impossible pour les professionnel·le·s de PMI d’obtenir le numéro de téléphone d’une femme enceinte à partir de sa déclaration de grossesse, sauf si cette dernière utilisait le formulaire papier.

Heureusement, les choses bougent : depuis 2024, il est désormais possible de saisir le numéro de téléphone lors d’une déclaration de grossesse en ligne. Un petit changement administratif, mais une vraie évolution pour le lien avec les familles.

Dans le cadre de l’intervention Ariane, toutes les femmes sont appelées, sans distinction, quelques mois après la déclaration de leur grossesse. Pas uniquement celles identifiées “à risque”. On parle ici d’universalisme proportionné : contacter tout le monde, tout en adaptant l’intervention aux besoins réels de chacun·e.

C’est vrai, passer des appels demande du temps. Mais ce temps investi en amont, on le récupère vite. Car derrière, ce sont moins de trajets inutiles et surtout moins de portes closes. 

En Moselle, premier département à avoir déployé Ariane, 100 % des visites ont été honorées, contre 82 % auparavant. Ariane, c’est aussi un nouveau moyen de faire connaître la PMI. D’expliquer ses missions, de déconstruire les idées reçues, de retisser une relation de confiance.

Identifier les besoins et orienter

Les appels ouvrent un espace de dialogue où les parents peuvent poser leurs questions, exprimer leurs doutes, demander des conseils. 

Côté professionnel·le·s, c’est l’occasion de repérer des besoins qui passent parfois inaperçus. À travers une grille d’entretien structurée, ils et elles explorent l’environnement social et familial de la future mère, questionnent les conditions de vie, identifient les éventuelles fragilités. 

Cette approche ne se limite pas à cocher des cases : elle permet d’ajuster l’accompagnement proposé, non pas sur la base de facteurs de risques, mais en partant des besoins de chaque famille.

Certaines thématiques, comme la précarité, le logement ou les violences, restent parfois difficiles à aborder. Mais avec de la pratique les professionnel·le·s gagnent en aisance. 

En Moselle, une professionnelle témoigne

“Au début je ne voulais pas trop poser ces questions, je n’étais pas à l’aise mais finalement à force de le faire c’est devenu naturel”

Expectant mother enjoying a phone call while seated indoors, displaying a relaxed and joyful mood.

Conclusion

Petits pas, Grands pas et Ariane, c’est la combinaison qui permet de faire un pas en avant pour remettre la prévention au cœur des services de PMI. Ensemble, ils améliorent la qualité de l’intervention auprès des familles et renforcent l’équité dans l’accès au service de PMI.

Et c’est précisément ce dont la PMI a besoin pour augmenter l’efficacité de ses actions de prévention pour prévenir les effets délétères des inégalités sociales sur le développement des enfants et la santé des familles.

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